Genre : Contes
Editeur : Éditions du Rocher
Date de parution : janvier 1999
Nombre de pages : 327
ISBN : 2-268-030-334
Particularité : Chaque conte est agrémenté d'une illustration de Vuillemin
Abracadabrants, tarabiscotés, de mauvais goût, répugnants, infantiles, scatologiques, pornographiques, horribles, tordus, obsessionnels, pas drôles, morbides, sordides, sanglants, absurdes, atroces, pervers, pénibles... Le lecteur aura bien du mal à qualifier ces contes. Pourquoi ? Parce que ce ne sont pas des contes, mais des allégories. Marc-Édouard Nabe raconte l'inracontable. Le conteur ici donne à voir l'impossible, et cet impossible veut dire quelque chose !
Un alligator dévore des appareils génitaux masculins, un huissier vient saisir des organes, un grand pianiste se retrouve avec un seul doigt, un ange change de sexe, des grenouilles partouzent, un éléphant perd la mémoire de son chasseur, un boxeur voit la Sainte Vierge lui apparaître lors d'un K.-O...
Extases rares où rien n'est comme dans la vie, pas même la mort.
Madame Narcisse
Avec de grands ciseaux cette fois-ci, Mme Narcisse se découpa consciencieusement la langue et la fit grésiller sur un réchaud dont elle éprouvait l'intensité de la chaleur pour y rougir un fer-blanc. Une fois écarlate, elle se l'appliqua sur le ventre et l'y maintint jusquà ce que le nombril ne fût plus qu'un volcan de braise. Quelques épingles piquées au hasard dans la plupart des parties du corps achevèrent l'allègre première partie de ses méticuleux préparatifs et parures.
Ce fut le temps de s'édenter. Un marteau et un très joli burin en acier firent l'affaire. Mme Narcisse se déchaussa une à une toutes les incisives, puis les molaires : elle conserva la dernière qui tenait à peine, pour se mordre le bras jusqu'à ce qu'elle restât plantée dans la chair, comme un bijou. C'est alors que vint l'instant des rasoirs : elle en disposa toute une colonie devant la grande glace étoilée çà et là par le sang des giclures. Avec le premier rasoir, Mme Narcisse pratiqua sa propre excision : elle n'alla pas chercher bien loin le clitoris qui, depuis le début des soins, ne demandait qu'à sortir de son fourreau. Puis, prise par je ne sais quelle folie, elle l'avala en souriant des bouts de lèvres qu'elle n'avait pas eu le courage de trancher avec la langue tout à l'heure. L'ablation de son vibraphone intime lui donna des idées : elle en profita pour se faire une « totale » avec deux grands couteaux à pain qu'elle s'enfonça dans le vagin pantelant pour en extraire l'appareil génital au grand complet. Ce qu'elle conserva de cet amas de viande dégoulinante, ce fut bien le bas-ventre, méconnaissable. Mme Narcisse, avec un grand rasoir, se découpa dans les fesses deux demi-sphères charnues qu'elle introduisit à grand peine dans les plaies de sa poitrine dont les globes presque détachés pendaient dangereusement vers les genoux. Les secousses aidant, et presque énervée d'avoir encore son mamelon, elle se cousit, avec du gros fil et une aiguille rouillée, un dôme de fesse à la place de ce sein-là.
C’est alors que monsieur Narcisse vint chercher sa femme, toujours trop longue à se préparer. Il la trouva belle « comme une fleur » et ils descendirent majestueusement pour le Grand Dîner.



