Se connecter
 

Le site des lecteurs de Marc-Édouard Nabe

L'écrivain doit-il se donner en spectacle ? Le Figaro littéraire, 10 Octobre 1992

Envoyer Imprimer PDF

DOSSIER: L'ECRIVAIN DOIT-IL SE DONNER EN SPECTACLE?

Le Figaro Littéraire, 10 Octobre 1992

Article repris dans Coups d'épée dans l'eau, p.209

 

Le figaro littéraire - Haro sur les médiatiques - 10 Octobre 1992

 

Marc-Edouard Nabe
" Pouvoir descendre dans l'arène aux lions."

Les amateurs de littérature "pure" ne pardonnent pas à un écrivain de s'intéresser aux media (même pour leur cracher dessus le temps d'un livre !), car ils sont trop lâches pour comprendre toute l'horreur du monde.
C'est une question d'hygiène que de se salir à regarder la télévision et même parfois d'y passer. J'ai écrit abjectement sur les media abjects pour témoigner de ce que nous vivons aujourd'hui. Il en va de l'honneur de l'écrivain de se "déshonorer" à citer certains noms.
Pour avoir le droit de parler de Jean-Sébastien Bach, il faut d'abord avoir bien détesté Jean-Pierre Foucault, sinon on parle mal de Bach, on en parle comme en parlaient nos aïeux alors qu'il faut en parler comme un homme de la fin du XXème siècle, comme un contemporain de Jean-Pierre Foucault !
Je ne fais aucune différence entre celui qui se compromet jusqu'au cou dans les pires spectacles et celui qui refuse tout affrontement médiatique. Mêmes bêtes que l'hippopotame qui se roule dans la boue et l'autruche qui se cache la tête dans le sable... Peut-être l'écrivain doit-il dépasser le stade animal et se comporter enfin comme un homme qui assume sa foi en l'art. Un véritable artiste n'a peur de rien et doit pouvoir descendre " quand ça lui chante " dans l'arène aux lions, comme tout martyr qui se respecte.